Laurent Soulat organise des cafés économiques avec ses collègues juniors de Paris I et m'invite la semaine prochaine à débattre d'un thème qui m'intéresse. Ne sachant pas trop bien ce qu'est un "café économique" mais trouvant l'idée amusante, j'ai bien sûr accepté cette sympathique invitation.
Le thème retenu sera la mobilité géographique et le marché du travail, avec comme possible sous-thèmes,
Vous trouverez tous les détails sur le site: http://cafeco.wordpress.com/2007/05/02/le-prochain-cafe-economique-le-10-mai/
Comme je devais faire un billet sur la segmentation des marchés du travail français, c'est même une excellente occasion d'approfondir la question - en différant la rédaction à la semaine prochaine - procrastination.
Autre chose, ce texte paru hier dans Les Echos et cosigné par Jean-Paul Fitoussi et votre serviteur, et qui fait une série de propositions pour l'enseignement supérieur à partir d'un rapport auquel j'avais collaboré en 2001.
le texte des Echos est naif et bien éloigné des problèmes qui se posent à l'Université française.
1) Les étudiants qui se préparent à des études de haut niveau (médecine, classes préparatoires, sciences) n'ont pas besoin ou envie d'une année pour savoir ce qu'ils veulent faire. A-t-on les moyens d'allonger encore les études supérieures ?
2) Le critère d'orientation des étudiants ne doit pas être le charisme des professeurs. Imaginez que le prof de psycho réussise à convaincre 80% des étudiants ! Non, il faut une reflexion sur les débouchés à long terme et sur les études nécessaires pour les carrières de demain...
3) Vous êtes des économistes classiques qui crioent que tout se règle en faisant fonctionner un marché parfait. Le seul problème pour vous est que le marché français s'ouvre trop tard par rapport au marché mondial. Mais, pour combien de postes celà joue-t-il ? Quelles universités françaises auraient les moyens de surenchérir pour attirer des stars ? Veut-on aligner les Universités sur les clubs de foot ?
Rédigé par: legonomiste | 03 mai 2007 à 18:16
A Egonomiste: merci de votre contribution. Si je voulais résumer vos propositions et les envoyer à nos deux candidats encore en lice, que devrais-je retenir?
Etienne
Rédigé par: Etienne | 03 mai 2007 à 21:03
Monsieur Wesmer: le rapport dont il est question au debut de l'article est-il disponible publiquement ? Typiquement, lorsque l'on dit que l'universite francaise necessite des reformes (ce qui a l'air de faire consensus parmi tous les acteurs), je me demande de quoi parle-t-on. Tout le monde parle des remedes, mais finalement, j'ai un peu de mal a bien comprendre les problemes qui se posent. Tout le monde est-il d'accord sur les problemes ? S'agit-il d'une faiblesse de la recherche (c'est comme ca que je comprends le "a partir des classements internationaux") relative a d'autres pays ? D'un enseignement de mauvaise qualite ? Sur quels criteres se base-t-on ? Pourquoi ne reformer que les universites si on parle de l'enseignement (ecole d'ingenieur, de commerce ?) ou de la recherche (CNRS, instituts specialises style INRIA, CEA, CNES, etc...)
Je pose toutes ces questions, parce que j'avoue etre un peu perdu dans ces discours de reforme de l'universite francaise que je ne connais quasiment pas (j'ai suivi le parcours ecole ingenieur + these a l'etranger), et je suis un peu suspect des discours ambiants (qui n'est pas le votre) ou l'on vante des modeles etrangers qui pourtant d'apres mon experience ont assez souvent des problemes similaires a ceux mentionnes dans votre article.
Rédigé par: david | 04 mai 2007 à 04:11
A David: oui, le rapport est disponible auprès de la Documentation Française, je ne sais pas s'il est encore en ligne. Le problème des universités française est lié à la fois au manque de financement, à des structures d'incitations inadaptées et au manque d'autonomie et enfin à la concurrence avec les grandes écoles. Ces deux derniers problèmes n'existent pas dans la plupart des pays.
Les décideurs (Bercy, ministère de l'EN) ont pour les premiers, fondamentalement la crainte de donner plus de moyens sans réformes, pour les seconds, une réticence preque philosophique à l'autonomie. Ca vient peut-être du fond jacobin du pays, et pour le coup c'est vrai qu'une université régionale forte et dont la réputation dépasserait les frontières nationales conduirait à identifier la recherche et le dynamisme économique au territoire dont elle est issue. Le problème est que la tutelle (ministère) n'est pas forcément très apte à encadrer ses universités: toute action visant à fermer des filières ou ne pas les habiliter est immédiatement contestée localement. Décentraliser les ressources et les moyens ainsi que les décisions d'allocation de ces moyens me paraît donc très préférable, mais pour avoir participé de très près (et avec un poids ultra-marginal) à certaines discussions sur ce sujet, je peux vous dire que cette idée aura du mal à passer.
Rédigé par: Etienne | 04 mai 2007 à 11:55
"C'est le modèle des meilleures universités nord-américaines. "
C'est le modèle pédagogique, en effet. Et (avis personnel) il y a du très bon à prendre.
Mais le modèle *économique*, c'est la compétition pour les étudiants. Ceux-ci, sur deniers personnels ou à l'aide de bourses et d'emprunts, payent chers. Tout le système d'incitations repose là-dessus.
Impossible de recruter le neveu de machin ou le copain du boss: s'il est nul, les étudiants (et leurs sous) ou les fonds de recherche iront ailleurs. Impossible de ne pas mettre un profs compétent et sérieux à la barre d'un amphi de 300 étudiants. Aucun dean ne veut 300 étudiants à 45k$ l'année devant son bureau pour se plaindre. Et ainsi de suite.
Or la question des frais d'inscription est très absente de votre texte. Et (encore avis personnel), sans l'introduction de ceux-ci, i.e. l'introduction de signaux prix clairs, point de salut ...
LSR
Rédigé par: Elessar | 05 mai 2007 à 19:47
A LSR: sur le principe, vous avez raison, des frais d'inscription plus élevés assortis d'un système de bourse seraient un plus, permettant d'impliquer plus les étudiants dans leur formation et de révéler de l'information sur la qualité. Mais en l'état actuel des premiers cycles, c'est inacceptable, cela revient à demander de payer pour un produit très insatisfaisant, ce qui serait en plus politiquement périlleux pour ne pas dire suicidaire. Le bon timing est d'abord de réformer en introduisant plus de compétition entre filières et en permettant un recrutement plus ouvert, en mettant en place des structures d'incitations plus intelligentes pour les différents acteurs du système, et seulement ensuite de laisser les universités augmenter leur frais de scolarité si elles estiment que les étudiants seront prêts à payer, en imposant aussi des contreparties avec le développement d'un système de bourse sur une large échelle.
Rédigé par: Etienne | 06 mai 2007 à 09:10
Je suis assez circonspect sur le fait qu'etablir des frais d'inscription eleves changerait grand chose, toute autre chose restant egale. Le modele des meilleurs universites americaines, je vois difficilement comment le transposer a un pays dont la population est 5 fois plus petite. Ensuite, dire que des frais d'inscription eleves peuvent elever le niveau des universites, j'ai beaucoup de mal a prendre cet argument tel quel. Les GE, typiquement, sont quasiment gratuites vis a vis des frais d'inscription, mis a part celles de commerce. Pourtant, il y a de bon profs, et les eleves qui en sortent s;en sortent bein professionellement: les GE, au contraire des universites, ont un systeme pour selectioner les etudiants explicitement, et pour etablir des reseaux entre anciens eleves, qui sont tous les deux des points extremement importants partout dans le monde, et in fine certainement plus importants que la formation elle meme (je crois que les econoclastes ont un billet qui developpe ce point precis, mais je n'ai pas pu le developper). Il est de notoriete publique, et assez vrai de ma propre experience lorsque j'etais en GE, qu'un nombre important d'eleves ne recoivent pas grand chose comme education "formelle".
Bref, reformer les universites sans y impliquer les GE, ca me semble illusoire, parce que celles ci captent une part important des bons eleves post bac, et c'est certainement un point fondamental dans les differents problemes que pourraient connaitre les universites en France aujourd'hui (aussi bien niveau formation premier cycle que recherche d'ailleurs).
Rédigé par: david | 07 mai 2007 à 08:26