De retour d'Italie où se tenait la conférence annuelle de la Fondation Rodolfo de Benedetti. Chaque année, une équipe de 6 à 10 spécialistes internationaux travaillent sur un thème précis et rendent un rapport qui sera subséquemment publié chez un éditeur international, en général Oxford University Press. J'avais participé à deux de ces travaux, l'un comme auteur sur "Women in the Labor Market" en 2003, et l'autre comme coordinateur sur "Human Capital in Europe" en 2005. Ces conférences réunissent du très beau monde, et sont une occasion d'exposer des leaders politiques italiens aux travaux des économistes. Cette année étaient présent le secrétaire d'Etat au budget Nicolas Sartor et le ministre du travail Cesare Damiano.
Ce qu'on peut retenir des travaux de cette année, ce sont quelques faits et chiffres impressionnants. En voici quelques uns.
Chaque décennie depuis 1960, la longévité moyenne de la population gagne 2.2 années. Voir ceci:
http://www.frdb.org/images/customer/copy_0_frdb_presentation_team1.ppt#5
Ceci est vrai depuis plus d'un siècle, et toutes les projections faites par les Etats sur le vieillissement de la population et l'évolution des dépenses de santé se basent pourtant sur une prédiction inférieure, de 1 à 1.5 ans de plus par décennies, ce qui sous-estime le choc à venir.
A côté de l'évolution des dépenses de santé dans le PIB, celle des retraites est une aimable plaisanterie: d'ici 2050, si on estime à 6 à 10% de PIB de plus à prévoir pour les retraites, ce qu'il faudra provisionner pour les dépenses de santé est selon les scenarii les plus raisonnables entre 17 et 26%, compte-tenu des tendances.
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Les dépenses de santé par individu croissent avec l'âge. De négligeables avant 30 ans, elles augmentent lentement avec l'âge et explosent quelques mois avant le décès des individus. Voir ceci par exemple:
http://www.frdb.org/images/customer/copy_0_frdb_presentation_team1.ppt#16
L'approche économique des dépenses de santé, qui les considère comme un investissement, montre ainsi ses limites: quel investisseur placerait tout son argent dans une entreprise qui va décéder au cours des prochains mois? En même temps, cette approche permet de poser de bonnes questions, compte tenu de la valeur assurantielle d'une vie humaine, ou d'une année supplémentaire de vie (que les spécialistes estiment à environ 100 000 dollars, ordre de grandeur très approximatif et dépendant de moultes paramètres).
Si la vie se prolonge et la santé des séniors s'améliore considérablement, peut-on maintenir l'âge de la retraite au niveau où il se trouve actuellement? Est-il possible de travailler au-delà de 65 ans? Les études de cette conférence suggèrerent que la productivité et les capacités cognitives et non-cognitives décroissent avec l'âge, saut peut-être les capacités verbales (verbal skills) , mais que ces capacités sont autant, si ce n'est plus, les résultats d'investissements et de maintenance (donc de choix des individus) et d'incitations que de processus biologiques. En clair, si l'âge de la retraite est de 60 ans, il est moins rentable d'entretenir ses connaissances et sa curiosité à 58 ans que si l'âge de la retraite est plus éloigné: la demande fait l'offre, en matière de capacités cognitives.
Les systèmes de pension font que le taux marginal implicite de travailler une année supplémentaire au-delà de l'âge légal de retraite est souvent proche de 100%, ce qui n'incite évidemment pas à continuer à travailler. Cela devrait être réformé au plus vite.
Bref, comme on le voit, cette conférence a été une des plus passionnantes de celles auxquelles j'ai assisté ces derniers temps. Tous les sujets de l'économie du travail sont en fait abordés au travers de ces thèmes du vieillissement, et si aux Etats-Unis les chercheurs dans ce domaine sont parmi les plus brillants de leur génération (je pense à Murphy et Topel qui ont reçu un prix Arrow pour leur travail sur le vieillissement), les Européens sont encore un peu "snobs" dans leurs choix de sujets de recherche.
Conclusion: nous devrions organiser la même conférence à Paris en septembre, et faire discuter les conclusions du rapport par des leaders syndicaux et politiques.
Ca fait donc entre 23 et 36% du PIB en plus pour gérer le vieillissement de la population d'ici 2050. Je ne suis pas sûr de bien comprendre cette formulation. En prenant un taux de croissance réaliste d'ici 2050 (2%/an ? 2,5% ?), cet accroissement de dépenses représenterait quel pourcentage de l'accroissement de richesse ?
Rédigé par: Alexis Coudeyras | 28 mai 2007 à 16:29
Ce billet est passionnant.
Quand donc commencera t on a réfléchir a une autre organisation du travail pour les plus de 60 ou 65 ans? Il me semble que le facteur bloquant est notre conception de la retraite qui a maintenant plus de 100 ans.
Rédigé par: Merlin | 29 mai 2007 à 13:23