En fait, pas du tout, si on en croit une étude publiée en février dernier dans le Quarterly Journal of Economics par Romain Rancière, Aaron Tornell et Franck Westermann. En effet, selon l'abstract:
Countries that have experienced occasional financial crises have, on average, grown faster than countries with stable financial conditions. Because financial crises are realizations of downside risk, we measure their incidence by the skewness of credit growth. Unlike variance, negative skewness isolates the impact of the large, infrequent, and abrupt credit busts associated with crises. We find a robust negative link between skewness and GDP growth in a large sample of countries over 1960–2000. This suggests a positive effect of systemic risk on growth. To explain this finding, we present a model in which contract enforceability problems generate borrowing constraints and impede growth. In financially liberalized economies with moderate contract enforceability, systemic risk taking is encouraged and increases investment. This leads to higher mean growth but also to greater incidence of crises. In the data, the link between skewness and growth is indeed strongest in such economies.
Quelque chose me dit que c'est un papier important en particulier dans ce contexte: on peut bien sûr vouloir étouffer la finance pour éviter que ne se reproduisent les excès de confiance et l'excès de pessimisme subséquent. Mais cela coûtera de la croissance sur le long terme. Tout est donc ici dans le trade-off que font les sociétés: moins de volatilité = moins de risque mais aussi moins de développement. Bref, à rester sagement dans ses pantoufles, on ne risque pas l'accident!
EDIT lundi 29: grâce à Stéphane d'éconoclaste, un passage supplémentaire trouvé sur le site du FT: http://blogs.ft.com/undercover/2008/09/zero-mortgage-defaults-are-not-the-aim/ . Je confirme la qualité des articles cités en référence.
Relaxing these regulations [du secteur bancaire, NDEW] led to massive gains in the efficiency of the U.S. banking system. These aren’t just abstract changes in efficiency; they have touched all of our lives. Here’s a quick reading list of research showing that this deregulation yielded greater income growth; less volatile business cycles; better access to housing credit; offset racial discrimination in the labor market; and reduced crime. [J'ajouterais le très bon papier de Black et Strahan AER 2001: la dérégulation du secteur bancaire a augmenté en relatif et en absolu la part de femmes employées dans ce secteur, réduisant les écarts hommes-femmes. EW].
"Countries that have experienced occasional financial crises have, on average, grown faster than countries with stable financial conditions".
On peut (probablement) écrire la même chose en remplaçant "financial crises" par "wars" et "stable financial conditions" par "peace"
Rédigé par: all | 29 septembre 2008 à 08:39
@ all:
Non. Prenons d'un côté le Liberia ou l'Afghanistan ou l'Irak, et d'un autre côté la Suisse...
Ou alors c'était l'inverse ? Remplacer "financial crisis" par "peace" et "stable financial institutions" par "wars"...
Des intuitions tout le monde en a. Le problème est de les vérifier de manière rigoureuse. Il arrive souvent que des intuitions ou ce que l'on croit être le "sens comun" se révèlent être faux. Tout le mérite du travail de Rancière, Tornell et Westermann est justement de répondre à cette question "idiote" de manière rigoureuse.
Rédigé par: Guillaume | 29 septembre 2008 à 11:39
Bonne remarque pour ce qui concerne l'intuition, Guillaume. Cependant Liberia Afganistan et Iraq ne sont pas des pays actuellement en paix.
Mon idée était de jouer sur les notions bien et mal comme suggéré dans le titre.
Rédigé par: all | 29 septembre 2008 à 12:02
Eh eh eh... D'humeur taquine en ce début de semaine. :-)
Ca commence à démanger de ci de là, on dirait.
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2008/09/29/1382-ce-dont-on-pourra-reparler-un-peu-plus-tard
Heureusement.
Rédigé par: éconoclaste-stéphane | 29 septembre 2008 à 14:14
Eh eh eh... D'humeur taquine en ce début de semaine. :-)
Ca commence à démanger de ci de là, on dirait.
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2008/09/29/1382-ce-dont-on-pourra-reparler-un-peu-plus-tard
Heureusement.
Rédigé par: éconoclaste-stéphane | 29 septembre 2008 à 14:14
On remarquera que la période étudiée reste relativement courte, elle laisse ouverte la possibilité que cette relation ne soit vrai que tant que la crise ne dépasse pas un certain degré, mesuré par le temps que met l'économie à se reprendre ensuite.
Je doute en particulier qu'elle soit vrai concernant la crise de 29 aux US, vu la durée de la période de récession économique qui a suivi, si on inclut la rechute de 1937, jusqu'en 1941.
Rédigé par: jmdesp | 29 septembre 2008 à 16:03
Il faudrait voir si ce différentiel de croissance ne s'explique pas simplement par la quantité de monnaie injectée dans le système par la puissance publique.
Rédigé par: Passant | 30 septembre 2008 à 07:07
@Passant: Ben si c'était cela, si la puissance économique créait de la croissance juste en injectant de la monnaie, il ne faudrait pas hésiter, mais faire cela constamment !
D'ailleurs certains ont tendance a penser que c'est cela, et ont abusé de la "relance keynesienne" (qui ferait hurler Keynes tellement elle caricature ses idées) jusqu'à démontrer abondamment les limites de l'exercice.
Rédigé par: jmdesp | 30 septembre 2008 à 18:23
Bonjour Etienne, si j'ai bien compris ton point de vue, je le partage pleinement. Je ne comprendrai jamais que l'on puisse rejeter en bloc un système parce qu'il dérape parfois brutalement. C'est certes trés pratique mais cela ne nous dit rien sur le futur sytème substituable. Je ne peux partager d'une part la stigmatisation commode de quelques-uns pour expliquer la crise actuelle et je ne peux non partager le pessimisme qui depuis quelques temps semble colorer certains discours. Pour faire simple, il ne faut pas confondre défaillances d'un système qui peuvent être corrigées, (c'est juste une question de courage politique et une question de difficulté en matière de coordinnation intenationale)et faillite définitive d'un système. Bref, comm on dit souvent, "il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain". Trop facile, non ?
La réponse aux problèmes posés par l'ouverture, ce n'est pas la fermeture. Le protectionnisme serait la pire des "solutions".
Pour moi c'est par la Démocratie et l'ouverture que la solution passe. Mais c'est vrai que tout cela pourrait et devrait fonctionner bien mieux.
A plus, David
Rédigé par: David Mourey | 12 octobre 2008 à 16:33
Bonjour Etienne,
Bon je suis en retard dans ma lecture de ton blog. Plusieurs réflexions.
1) Effectivement, c'est un papier qui mérite d'être signalé dans le contexte actuel. Merci beaucoup de ce point de vue
2) Effectivement, c'est un trade-off inhérent à la finance que "plus de risque", c'est "plus de rendement en moyenne". Et cela fait du bien de le rappeller, surtout ces temps ci.
3) Il n'empeche, il me semble que le problème posé par la crise actuelle est quelle règles de régulation des "intermédiaires financiers" permettraient A LA FOIS plus d'efficacité et moins de risque (une plus faible probabilité d'occurence des crises). (qualité des lissages des portefeuilles, garanties des états en cas de crise majeurs / choc macros, ...). Dis autrement, les résultats empiriques de cette étude suggeraient une frontière dans le trade off. Mais on pourrait toujours imaginer qu'il "existerait" une meilleure régulation permettant de DEPLACER le trade off. La question serait alors de déterminer cette (ces) meilleures régulations...
A la limite certains papiers expliquent l'emergence d'une révolution industrielle justement par la naissance d'institutions financières permettant de lisser les risques des entrepreneurs individuels.
Bref, merci de nous rappeller l'existence de ce trade off, mais je trouve intellectuellement plus stimulant de formuler le problème dans "comment dépasser ce trade off".
Rédigé par: Etienne LEHMANN | 15 octobre 2008 à 16:26