En ce moment se tient à San Francisco le congrès de l'American Economic Association, qui réunit jusque lundi des milliers de chercheurs, universitaires, étudiants du monde entier, répartis sur une dizaine de grands hôtels. Je ne vais pas vous parler des 450 sessions régulières où sont présentés, avec une très grande diversité, l'essentiel des travaux de recherche les plus récents, ni des prestigieuses sessions invitées ou plénières où se dessinent les thèmes de recherche des 5 années qui viennent.
Je vais vous parler du recrutement des jeunes doctorants qui s'y déroule chaque année, et qui est l'occasion d'un formidable brassage entre l'offre et la demande. Voici en gros comment cela se déroule. La procédure commence bien en amont, dès septembre voire dès août, période à laquelle les universités ayant des postes à pourvoir les annoncent sur le site Job Openings for Economists: http://www.aeaweb.org/joe/. Le but des universités qui placent des annonces est d'attirer à elles les meilleurs potentiels, quels que soient la race, nationalité ou sexe des candidats, pas de placer ses propres doctorants dans son propre département. On trouve de plus en plus d'universités européennes sur ce marché. Il existe aussi des marchés secondaires se déroulant en Europe Continentale ou au Royaume-Uni, mais le marché américain par son ampleur et son point focal reste le lieu privilégié pour les doctorants, y compris pour des établissements non américains.
On trouve par exemple, pour les offres publiées en novembre (http://www.aeaweb.org/joe/current/joe_output.php?joe_issue=200811), parmi les nombreuses universités ou Colleges américains, plusieurs banques centrales dont la Banque de France, beaucoup d'universités espagnoles, anglaises, quelques italiennes, danoises, quelques allemandes, Yahoo Labs! (Yahoo [à rapprocher de Google] qui a récemment embauché le famous Hal Varian, grand microéconomiste), et évidemment aucune université française: il faut dire qu'en France, il faut attendre le bon vouloir du ministère et les derniers arbitrages budgétaires pour savoir combien de postes seront offerts. Heureusement, sur la liste d'octobre on trouve l'Université de Toulouse (et l'OCDE), et heureuse surprise, sur la liste de décembre, l'ambitieuse université de Cergy-Pontoise qui fait partie des vingt établissements qui viennent de se saisir de la possibilité d'autonomie offerte par la loi LRU.
Mais ne blâmons pas les autres: même si on savait quels postes offrir, comment aller sur ce marché quand le salaire d'entrée net offert en France est en moyenne le tiers de ce qui est offert par les autres universités américaines et la moitié de ce qui est offert ailleurs en Europe, pour une charge de cours deux fois supérieure et la certitude de devoir passer sous les fourches caudines de mandarins qui ont tendance à s'attribuer les financements locaux des projets de recherche, en attendant que les juniors aient fait leur preuves?
Mais continuons. Les candidats, qui n'ont pas encore soutenu leur thèse pour la plupart, doivent postuler à ces offres d'emplois en envoyant, outre leur cv, entre deux et quatre lettres de recommandation et leur papier principal qu'on appelle Job Market Paper, dont la qualité, l'originalité et la maîtrise technique attestera de leur capacités créatives. Cela évite d'envoyer à grands frais une thèse à des dizaines de commissions de spécialistes où tout est joué d'avance car un candidat local est poussé par un baron non moins local.
Poursuivons; ces lettres de recommandations font entre deux et six pages, selon le degré de connaissance du candidat par le chercheur qui rédige cette lettre. Elles sont en général très précises pour les meilleurs candidats: la personne qui recommande montre ainsi son sérieux et son professionnalisme: il a lu le job market paper, prend position sur la contribution réelle qu'il y voit, parfois prend des risques en indiquant le type de revue où ce travail de recherche pourra être publié et dans certains cas exceptionnels, indique même si ce travail va profondément influencer la recherche: en tant que recruteur sur le marché nord-américain, j'ai vu ce genre de lettre à cinq reprises sur environ 500 dossiers.
On trouve parfois une lettre de recommandation d'un professeur français: losrqu'elle émane de quelqu'un ayant fait une partie de sa carrière aux Etats-Unis ou à Londres, la lettre ressemble à celle des autres. Lorsqu'on tombe sur un Français n'ayant pas eu cette opportunité, la lettre ressemble à ceci: "To whom it may concern. I know candidate Dupont-Lassier because he attended my course ' economics of international trade of bananas in former French colonies'. He got 12/20 which was the best grade. I highly recommend this candidate." S'il s'agit d'un candidat exceptionnel, on trouvera "very highly" ou quelque chose d'encore plus sympa. Mais la lettre est de toute façon très courte et montre que le professeur en question est très occupé, il ne peut pas passer plus de dix minutes à défendre la carrière future d'un de ses anciens étudiants. D'ailleurs, s'il va sur le marché international, il échappe à tout contrôle, alors pourquoi passer du temps sur cela alors qu'il va falloir défendre son propre candidat pour le faire recruter localement. Au contraire, la lettre d'un professeur, éditeur de l'American Economic Review qui édite entre 200 et 300 papiers par an et en publie lui-même quatre ou cinq, fera entre 5 et 6 pages très précises. C'est là que va se nicher l'éthique de ce système. Il est vrai que ce professeur américain aura aussi plus tendance à divorcer que son homologue européen.
Au cours du mois de novembre et surtout décembre, le directeur du comité de recrutement, s'il fait bien son travail, va passer trois jours plein par semaine à lire les lettres de recommandations des candidats, et faire une pré-sélection pour interviewer au "meeting" de janvier entre 12 et 18 candidats par jour. Pour cela il va tenter de lire entre les lignes la légère inflexion ou nuance permettant à la fois de repérer un candidat réellement prometteur (car certains professeurs sont connus pour être dithyrambiques sur des candidats qui se révèleront décevants) et de recruter un candidat abordable pour les universités ayant moins de moyens financiers: c'était ma propre contrainte au Canada, où les salaires et à l'époque le cours de change était moins favorables: il faut éviter de programmer des interviews avec des candidats pour lesquels Harvard, Chicago et MIT vont se déchirer, c'est une perte de temps et une fois sur deux, le candidat déclinera l'interview voire l'annulera dès lors qu'il aura atteint son quota d'interview. Un bon candidat va obtenir entre 15 et 25 interviews (il est déconseillé d'aller au-delà de 8 interviews par jour, d'ailleurs, car l'énergie et la concentration sont des ressources limitées), réparties sur les dix hôtels de la conférence. Les interviews se déroulent dans la chambre d'hôtel du directeur du comité de recrutement.
C'est là que l'art du directeur du comité de recrutement va jouer à plein; et ce sont ces détails qui feront la différence. S'il s'y prend trop tard pour réserver la suite, il écopera d'une simple chambre dans un hôtel plus périphérique: difficile de donner envie au candidat de venir à l'Université de Saskatchewan-Grandes Steppes du Nord si le premier contact se fait au cours d'un entretien se déroulant entre deux valises ouvertes et un lit pas refait (car les entrevues, programme chargé oblige, démarrent dès 8h et se finissent souvent après 20h).
L'expérimenté directeur du comité de recrutement aura donc réservé dès septembre une superbe suite à 300 dollars dans l'hôtel le plus prestigieux de la conférence (pour lui), ses collègues associés au recrutement pouvant par contre se trouver un peu plus loin et dans des chambres un peu plus petites. Il aura également passé des appels à quelques personnes connaissant les candidats les plus prometteurs parmi ceux ayant une chance raisonnable de venir afin d'une part de savoir si la ou le petit(e) ami(e) a une aversion pour, au choix et selon l'université - le froid, le midwest, les rednecks, le désert, les mormons, l'Europe et sa bureaucratie, etc..., d'autre part s'il a déjà des contacts poussés avec d'autres universités. Du côté des candidats il y a aussi beaucoup de rumeurs (http://econrumors.blogspot.com/2007/01/open-field-job-rumors-at-aea.html, http://www.econjobrumors.com/).
Arrivent donc les entretiens. C'est un marathon des deux côtés. On conseille au candidat de ne pas placer ses universités préférées en premier car on n'y est jamais très performant. Il y a d'autre part un biais cognitif peu connu: le premier candidat vu est toujours décevant car on s'attendait à mieux, et le candidat est toujours déçu de ses recruteurs qui n'avaient que superficiellement lu son papier (il ne sait pas que lire à fond 50 papiers est impossible). Bref, le dialogue productif ne commence qu'après la seconde interview. Chaque comité organise son entretien comme il le souhaite, mais en général on demande au candidat de présenter son papier pendant 15 minutes dont une première phase de 5 minutes où le candidat expose son idée et ses résultats et une phase pendant laquelle les membres du comité réagissent et posent des questions d'intelligence variant en fonction de leur connaissance du domaine, du temps écoulé, de la grippe qui commence à les frapper eux aussi, du temps restant avant l'excellent restaurant où ils iront tenter de se refaire en dévorant l'énorme pavé de boeuf de 800 grammes accompagné de sa purée d'un kilogramme (cela si on est dans le Midwest), accompagné d'un Cabernet-Sauvignon californien, le tout aux frais du département car quand même, 15 entretiens dans la journée c'est épuisant. Ceci sans ironie, car rentrer dans la recherche de haut niveau de 50 personnes sur trois jours demande un effort intellectuel très important récompensé par le côté formidablement stimulant de la chose qui permet de se rendre compte à quel point la recherche est active et quelles sont les grandes tendances qui émergent, cela permet de rencontrer des personnes extrêmement compétentes, passionnées, motivées, ambitieuses, bref c'est à faire mais nécessite une énergie considérable et beaucoup d'aspirine.
Ensuite on demande au candidat de parler de ses autres papiers et de ses projets. On parlera ensuite de son propre département. On évitera de lui vanter l'intérêt très fort que porte l'administration ou le doyen pour l'enseignement surtout celui de premier cycle, ni de lui dire que les autres départements commencent à trouver saumâtre que la prime de marché de 20% (30%) revienne toujours aux économistes (c'était le cas dans l'université du Québec pour laquelle j'ai recruté deux années de suite), il vaut mieux dire que la haute administration est fière d'avoir un département comme nous qui se développe si vite et que l'avenir est riant (ce qui est vrai sauf grosse catastrophe immobilière non encore connue). Enfin, on se sépare en disant qu'on se reverra sûrement bientôt.
Sur les 50 entretiens émergent rapidement 3 ou 4 candidats incontournables qu'on invitera alors immédiatement (dès le 15 janvier) à venir donner un séminaire sur place, sauf si on estime qu'on n'a aucune chance de les recruter car ils ont déjà des invitations pour Berkeley, MIT, Northwestern. A ces derniers, le savoir-vivre consiste à indiquer qu'on ne les invite pas pour leur faire gagner du temps, mais qu'évidemment si à un moment ou un autre il sent un intérêt, alors il sera bienvenu. Il y 4 à 5 autres qu'on va également inviter car on les juge très intéressants, parmi ceux dont on se rappelle. Car c'est un des drames des grands nombres: après avoir vu trente candidats en deux jours, il y en a un quart qu'on n'arrive plus très bien à re-situer. A qualité égale, un candidat remarquable par un trait de personnalité, sa chevelure, ses santiagues, son absence de cravate, un tailleur rose saumon ou son histoire particulière, sera légèrement favorisé de par ce seul travers cognitif des recruteurs.
Il arrive que des étudiants des meilleures universités arrivent littéralement déprimés dans ce processus: ils savent que malgré leurs meilleurs espoirs initiaux, leur travail n'est pas aussi créatif que ce qu'ils espéraient ou que leur travail empirique n'a pas débouché sur des résultats aussi spectaculaires que ce qui aurait pu être le cas. Certaines mauvaises langues disent qu'un empiriste recruté par le MIT est un thésard qui a eu de la chance d'avoir des résultats spectaculaires. C'est faux, le talent est aussi dans le choix du sujet. En tout cas, mon conseil est de tenter d'éviter ce genre de candidats essorés par leur thèse: un titre de PhD d'une université Ivy League ne suffit pas, il faut un vrai talent créatif et une solide dose d'enthousiasme pour survivre dans les premières années de carrière et pour publier de bons articles.
On privilégiera donc, à ceux-là, les candidats d'universités moins réputées mais fortement recommandés et ayant fait preuve d'enthousiasme lors des entretiens. L'enthousiasme révèle en effet les caractéristiques du candidat et l'énergie qui le portera lors de ces premières années si décisives. Il révèle aussi, dans ce jeu de persuasion bilatéral, l'intérêt porté par le candidat à l'université dont les professeurs sont en train de l'écouter. A part quelques génies pouvant toujours être enthousiastes, la plupart des candidats ont nécessairement un passage à vide pendant leurs entretiens, et la machine du cerveau est faite de telle façon qu'il se produit lorsqu'on est moins attiré par le poste.
Au cours du mois de janvier, février voire si on est moins chanceux, mars, se déroulent les séminaires de recrutement. Tous frais payés, le candidat est invité à présenter son papier, rencontrer ses futurs collègues, à dîner puis boire dans un bar (surtout dans le Midwest) pour tester ses vraies préférences et se rendre compte si on en veut comme collègue ou s'il se révèlera un imbécile prétentieux insupportant tout le monde. C'est aussi un bon moment pour demander à cette candidate colombienne très chic formée en Californie si le temps à Montréal ne lui fait pas peur (il fait en général, par malchance, -18 le jour précis où elle arrive, alors que la veille il faisait encore -2). Malgré tout le talent de dissimulation, il est impossible de ne pas voir le petit sourire crispé lorsque la question est posée.
Du côté des recruteurs, nos amis nord-américains sont d'ailleurs parfois très rudes et peuvent même manquer de savoir vivre. On raconte cette histoire du doyen d'une université canadienne X (près d'un grand lac) qui demande au candidat si advenant deux offres simultanées, il préfèrerait venir chez eux ou au département de l'université Y située à 80 kilomètres dudit lac. Celle-ci étant mieux cotée, il répond en toute franchise qu'il préfèrerait Y. Le doyen furieux lui indique alors qu'il rentrera à ses frais ou à ceux de l'université Y car il ne signera jamais le bon de remboursement. Plus horrible encore, ce futur prix Nobel qui, après un mauvais séminaire du candidat, au lieu d'aller dîner avec lui comme prévu, lui tend dix dollars en disant qu'il n'a qu'à aller s'acheter un cheeseburger à l'aéroport. Ou encore ce célèbre chercheur qui pose une question difficile durant le séminaire: le candidat répond qu'il ne souhaite pas répondre à cette question parce que et donne une raison sans doute valable ... et qui se voit répondre: OK, it is your job, it is not mine.
Mais ce sont des exceptions: ce marché de recrutement est plutôt basé sur l'éthique et la transparence: les offres faites par les universités sont faites oralement ou par courriel sans risque de se dédire (une université qui renierait une promesse d'embauche perdrait son droit d'accès au Job Market de l'American Economic Association pendant 5 ans, menace très efficace pour convaincre son recteur d'arrêter de déc.... avec sa peur des pressions syndicales au moment de la validation du poste par le conseil d'administration), on laisse au candidat entre deux et quatre semaines pour se décider et éventuellement obtenir des offres de la part des universités concurrentes, on cherche réellement à recruter les candidats les plus brillants et surtout on évite de recruter ses propres doctorants. Seuls Harvard et MIT ont ce privilège, similaire au droit de seigneuriage des autorités monétaires.
Les contrats sont évidemment individuels, avec une marge de négociation pour les directeurs de comité de recrutement qui pourront être autorisés à relever le montant initial de l'offre en cas de concurrence par une autre université. La charge de cours aussi sera négociable, dans certaines limites garanties par les conventions collectives.
Enfin, la grande différence avec la vieille Europe est que les emplois proposés sont des postes temporaires de 5 à 8 ans, temps nécessaire pour publier et faire sa réputation de jeune chercheur prometteur du moins en économie où les délais de publication sont assez longs (car les économistes prennent trop de temps pour évaluer les travaux de leurs collègues et les éditeurs n'arrivent pas toujours à obtenir de bons rapports dans des délais raisonnable). A la fin de cette période, un poste permanent (la tenure) n'est attribué que si le contrat moral et le degré d'exigence du département a été respecté. Il peut arriver qu'en dix ans, un département ambitieux n'accorde aucune tenure à ses jeunes recrues, même si ce n'est pas la situation la plus courante et si cela peut être contreproductif à la longue pour recruter. Miracle d'un marché fluide, la personne non titularisée retrouvera alors un poste temporaire ou permanent dans une autre université car il aura pris les devants et aura prospecté de son côté. Et s'il n'est pas fait pour chercher, il ira alors dans le secteur privé.
En France, on ne donne pas de postes temporaires débouchant statutairement sur la permanence sous condition de succès. On ne donne que des postes temporaires (type post-doc) sans support budgétaire pour titulariser ou des postes permanents par ailleurs très rares. Grave erreur, car les capacités à faire de la bonne recherche sur la durée sont difficiles à détecter. Qui plus est, compte tenu de l'enjeu que représente le fait d'attribuer un emploi permanent (CR CNRS, MCF université), on ne peut pas éviter d'avoir à exiger, dès avant le recrutement, des publications même mineures. Cela paraît être une bonne idée mais les incitations sont hélas très perverses: si on vise un poste en France, il va falloir tenter de passer dans une "petite" revue plutôt que de tenter le Journal of Political Economy ou l'American Economic Review, au détriment donc du temps consacré à améliorer la visibilité internationale de sa recherche. Si en plus on doit enseigner 128h de nouveaux cours et dès la troisième année préparer ce concours obsolète qu'est l'agrégation du supérieur pour passer professeur, il faut vraiment des capacités extraordinaires pour simplement survivre dans le monde de la recherche de haut niveau.
Je raconte tout ceci (et pardon pour la longueur) parce que les choses changent lentement en France, mais trop lentement, tout simplement parce que les élites qui nous dirigent (ministres, apparatchiks de la recherche et des organisations représentatives diverses, administrations) n'ont tout simplement pas vécu le parcours dont il est question ici. Si je n'avais qu'un conseil à donner à l'omni-président, ce serait de nommer aux postes clés du ministère uniquement des personnes l'ayant vécu ou à défaut, ayant accepté de passer trois ans en détachement dans l'administration d'une université anglo-saxonne et qui se seront profondément imprégnées de la culture de ce mode de fonctionnement.
Pour avoir passé un peu de temps, pendant la dernière campagne présidentielle, auprès de ceux qui ont élaboré les programmes présidentiels de la candidate, j'ai pu mesurer à quel point le décalage avec le reste de la planète était de nature culturelle. L'un d'entre eux, parlementaire et dirigeant national, à qui je demandais si pour lui, un poste "tenure track" (comprendre avec un support prévu pour titulariser le cas échéant) de six ans à trois mille euros nets par mois était vraiment de la précarité par rapport à un poste permanent à 1800 euros nets à Paris, sa réponse a été immédiate: "est précaire tout poste non-permanent, quels qu'en soient le salaire ou la durée".
C'est amusant, car le mandat de député est à peu près le type de poste que j'aimerais pouvoir offrir aux jeunes doctorants: bien payé pendant 5 ans mais soumis à une contrainte de ré-élection. Au bout de deux mandats, la sécurité (non pas sous forme d'une retraite parlementaire pleine ou d'un poste de sénateur mais d'un poste permanent avec un peu plus d'enseignement et de responsabilités, et une forte augmentation de salaire sur la base du mérite).
Très bonne description. Ca correspond tout à fait à ce que j'ai pu entendre (je n'en suis pas encore là moi-même ...).
Deux questions:
- "Ethique", ou jeu répété ?
- Ca ne bouge pas du tout en France ? Même HEC, l'X ou ... Sciences-Po ?
LSR
Rédigé par: Elessar | 04 janvier 2009 à 17:35
Meilleurs voeux, Etienne. Lire ceci après avoir passé les vacances sur 15 dossiers de qualification est un peu déprimant... but ok, it's my job, not yours...
Sinon, l'ami Hal, c'est Google, pas Yahoo!
RE: merci, erreur corrigée, trop de Sauterne. TB année 2009! EW
Rédigé par: Gizmo | 04 janvier 2009 à 18:05
Thanks for sharing. It's an article so interesting and thought-provoking that I'd like to translate it into Chinese if permitted.
Best regards,
Hui
Rédigé par: Hui | 05 janvier 2009 à 06:05
Permission granted.
LSR: le lien pourrait être le suivant: l'éthique est récompensée dans un jeu répété.
Rédigé par: Etienne Wasmer | 05 janvier 2009 à 12:36
c'est vrai ca, sciences-po ne recrute jamais de jeunes, pq?
Rédigé par: | 05 janvier 2009 à 21:21
Bonjour, c´est effectivement intéressant, le seul bémol est la chute, à savoir la traditionnelle pirouette du nombrilisme franco-français. Plutôt que d´avoir demandé aux doctorants laquelle des formules ils préféraient, vous êtes allés nous chercher un commentaire d´un parlementaire qui ne sait même pas de quoi il parle. Je lis que vous êtes un économiste, il aurait été interessant de se pencher sur ce que pensent les doctorants, ce qui les poussent a persévérer dans des chemins plus que précaire, alors que la majorité d´entre eux étaient bien souvent majors de promo, loin devant ces communicants qui se pavanent et ses auto proclamé pseudo-experts.
Ayant pour ma part connu quelque années le monde de la recherche, je suis allé dans le privé il y a qq années, je gange peu être deux fois plus mais la différence de qualité de travail et de compétence de l´environnement de travail est flagrante. C´est triste mais il faut choisir... Alors si on ouvrait des postes à 3000 euros nets sur 8 ans en france, contrairement à ce que vous lassez entendre, il y aurait une ruée équivalente à la situation américaine. Dans ces condition, je laisse tomber mon CDI et essaye de retourner dans la recherche.
Il semble plutôt que c´est cela le problème, en France, avec des entreprise qui n´investissent pas.
Enfin, comparer des doctorants avec des politicards, il fallait oser, il semblerait que tout les oppose. Les premiers étant jugés sur leur publications avec comité de relecture alors que les seconds font majoritairement la course à la démagogie et au populisme.
Merci en tout cas de parler un peu de la recherche.
un expartrié.
Rédigé par: recherche? | 06 janvier 2009 à 00:26
je tiens à préciser que j´ai fait un cursus scientifique, concernant science po, j´ai peu d´éléments mis à part qq connaissances avec lesquelles j´ai pu discuter de sujets variés et ai constaté un formatage peu propice à la recherche.
Rédigé par: recherche? | 06 janvier 2009 à 00:39
Bravo pour ce formidable post. Je vous lis en ce moment de San Francisco où j'étais à l'ASSA comme candidat et j'attends maintenant épuisé les invitations pour les flyouts. Votre description est parfaitement juste.
Les choses bougent toutefois un peu en Europe. Le marché espagnol auquel j'ai participé début décembre était très actif et similaire à l'ASSA dans son principe. Un jour peut être nous verrons aussi cela en France...
Rédigé par: un Candidat | 06 janvier 2009 à 09:37
Je viens de passer 3 jours à interviewer une trentaine de candidats pour mon département. On a vu quelques candidats français, relativement décevants (bien que le dossier avait l'air correct), incapables de raconter en détail leur recherche de manière articulée. La plupart des départements (mais pas, semble-t-il, en France) font des "mock interviews" avec leurs étudiants (des interviews bidons pour pousser les candidats dans leurs retranchements). Le marché est très dur cette année, beaucoup d'universités américaines ne recrutent pas, faute de budget. Dans l'ensemble, la plupart des candidats ont fait de bien meilleures prestations que les années précédentes.
Il faut aussi noter que très souvent les lettres de recommendations n'hésitent pas à flinguer les candidats, avec des commentaires du style "X is an excellent candidate for any department but the top 20".
On remarque aussi des subtilités dans les lettres "américaines" en comparaison des lettres européennes, plus lénifiantes. Des commentaires du genre "X is a highly independant researcher" ou "X does not hesitate to put forward provocative ideas" doit être lu (si cela vient des US) comme un signe négatif (il se fout de nos commentaires, n'en fait qu'à sa tête; il a des idées pas très orthodoxes, bizarres).
Il faut aussi remarquer que les "coups de téléphone" sont important. Un département recoit typiquement plusieurs centaines de candidatures (300, 400 voir plus). Lors de la sélection on a reçu quelques mails de certains profs (qu'on connaît personnellement) nous invitant à regarder attentivement tel candidat. Cela augmente la probabilité d'être sélectioné pour un interview, au-delà il n'y a plus d'influence possible.
Rédigé par: Guillaume | 06 janvier 2009 à 18:15
Est-ce que cela signifie que si l'un de vos étudiant vise la recherche en économie vous l'encouragez à fuir la France (et Sciences Po) pour son PhD, au profit d'une université américaine? (qui semblent maximiser les chances de recrutement sur les job markets)
Rédigé par: SacCerliPOpette | 06 janvier 2009 à 18:40
Je pense que le localisme est moins pronocé qu'auparavant car une fac qui le pratique est rapidement ciblée lrosqu'elle le pratique. Elle envoit un mauvais signal. Personnellement, le fait que cela existe ne me dérange pas. L'excès est évidemment condamnable, mais l'existence même du processus ne l'est pas.
Rédigé par: guillaume35 | 06 janvier 2009 à 19:45
Pour SacCerliPOpette,
Par ses fonctions, je ne pense pas que puisse Etienne vous encourager à quitter son école doctorale.
Il faut savoir, qu'un PhD aux US ne maximise pas seulement la chance de recrutement sur le job market. Il améliore aussi votre propre recherche
et vos perspectives scientifiques. Les peers effects dans la recherche sont primordiaux, il ne faut pas faire un PhD n'importe où, ni à n'importe quel prix. Et si on peux en faire un dans un top 10 US, je pense qu'il faut le faire. Après le top 10, Paris ou Toulouse sont très compétitifs pour le PhD.
Rédigé par: un Candidat | 06 janvier 2009 à 19:48
Comment ca, je ne peux pas dire comme le chef de l'état? non je plaisante, je suis assez d'accord avec Candidat, d'autre part on peut avoir des cotutelles, enfin d'une façon générale, la mobilité en début de carrière est bonne et le monopsone est mauvais y compris pour le monopsoniste.
Rédigé par: Etienne Wasmer | 06 janvier 2009 à 19:58
a canditat: "Par ses fonctions, je ne pense pas que puisse Etienne vous encourager à quitter son école doctorale." Mais le billet est ambigu, d'où la remarque.
merci cependant pour vos réponses (et fingers crossed pour les invitations)
a Etienne Wasmer: merci pour la réponse qui me laisse tout de même -c'est bien la première fois- un peu sur ma faim...
Rédigé par: SacCerliPOpette | 07 janvier 2009 à 00:08
tres bon poste, tres vrai, tres drole...
seul inconvenient du systemte US, on a tendance parfois a "survendre" sa recherche et les personalites extraverties/les gens qui presentent bien s'en sortent parfois "trop" bien...
bcp de marketing la-dedans...
Rédigé par: | 07 janvier 2009 à 04:44
Simplement merci pour cet éclairant article. Il s'en dégage une impression de grande foire effervescente où l'on donne au jeune chercheur les moyens ainsi que les responsabilités qu'il doit assumer ensuite.
On parle beaucoup des reformes concernant notre université mais ceux qui ont l'expérience de l'étranger sont assez peu audibles malheureusement...
Rédigé par: Del | 07 janvier 2009 à 17:35
Merci Etienne pour ce post très éclairant. Ca donne malheureusement envie de quitter la France et de rejoindre l'Amérique du Nord...
J'aime bien la comparaison finale avec le parlementaire, que je trouve plutôt bien trouvée. Puisse notre président ou un de ses conseillers lire votre blog et s'en inspirer!
Rédigé par: XL | 07 janvier 2009 à 22:58
Merci pour ce très bon billet sur le job market. Avec celui de Tom Roud sur la tenure track (http://tomroud.com/2008/02/13/la-tenure-track/), ça fait un ensemble d'informations quasi-complet.
Chacun ses limites, il m'a fallu aller chercher "monopsone" dans le dictionnaire. La taille du "marché" (ici le vivier d'étudiants et de candidats professeurs) a t-elle une influence sur l'efficacité des acteurs (les universités)?
Rédigé par: N. Holzschuch | 08 janvier 2009 à 10:12
Merci pour ce billet, tres interessant. Je me permets de demander quelques precisions/faire quelques remarques, cependant:
- les tenure track sont tout de suite apres la these ? Il n'y a pas de post doc generalise en economie ?
- Une these en economie se fait en combien d'annees en moyenne aux US ?
Sur les 1700 Euros/mois pour MdC contre 2800 pour l'entree en tenure track, je ne pense pas que la comparaison se pose en ces termes la. Un gros probleme en France, ce sont les debouches en dehors de l'academique apres la these; si on met en place un tel systeme en France, mais qu'a disons 35 ans on n'a pas sa tenure (je sais pas en economie, mais je connais quand meme suffisament de cas autour de moi), on fait comment en France, sans aucune experience reconnue ? Je ne defends pas particulierement le systeme francais, que je crois tres pervers - entre autre, il laisse aucun droit a l'erreur, je trouve, parce qu'un mauvais choix de post-doc est beaucoup plus consequent qu'ailleurs il me semble - mais le systeme americain ne me semble pas reellement possible independament du reste (du systeme de cotisation sante/retraite a la revalorisation d'une carriere acadmique interrompue, etc...). Bien sur, ca ne concerne en general pas ceux qui se font draguer par Berkeley ou Princeton, mais ca reste quand meme la minorite d'une minorite (ceux qui restent dans l'academique).
Si cette derniere remarque est HS, n'hesitez pas a couper.
Rédigé par: David | 08 janvier 2009 à 16:59
A David.
En économie les "américains" (ceux qui font leur thèse aux USA) ne font pas, en général, de postdoc. Un thèse se fait en 2+3 ans, 2 ans de master et 3 ans de recherche.
Je ne sais pas où vous avez trouvé ce chiffre de 2800€/mois. Le salaire moyen pour un rookie sur le marché US est de $100,000 (annuels). Après il y a le taux de change et le coût de la vie, certes. Sur le marché européen les salaires sont moins élevés mais les bonnes fac européennes arrivent à recruter sur le "job market".
Se faire refuser la tenure à 35. Premier cas : on est pas trop mauvais mais pas assez bon pour rester dans la fac où on est. Il y aura toujours des facs moins bonnes qui voudront de vous. Deuxième cas : on a pratiquement aucune publication. Soit on trouve une autre fac qui n'est pas regardante sur l'aspect recherche (il y a en a), soit on part dans chercher du travail en entreprise. Mais la possibilité de se retrouver à la rue après 5-6 ans fait qu'en général les gens se bougent et bossent pour décrocher la tenure. Ce n'est pas parce que c'est difficile de trouver un boulot à 35 ans qu'on va garder les gens. La carotte sans le bâton ce n'est pas très génial comme système d'incitation...
Quant à la retraite, on cotise de toute façons, que l'on soit dans le privé où à l'université. Les Pays-Bas et l'Espagne (ou l'Italie avec la Bocconi) ont des systèmes socio-économiques plus proches du système français et le système tenure-track y fonctione très bien.
Rédigé par: Guillaume | 08 janvier 2009 à 21:12
@ Guillaume: les 2800 euros/mois reprenaient le montant cite dans le billet (3000 euros en fait, compare aux 1700 en France - qui a change aussi depuis, il me semble, au moins pour les MdC suite aux reformes recentes). Le chiffre de 100 000 $, c'est a mon tour d'etre etonne: ce n'est absolument pas les chiffres que je connais dans le milieu academique en general: ce chiffre est-il vraiment representatif, ou est il propre aux meilleurs universites et/ou a l'economie ?
Sur ce que l'on fait apres la tenure-track: je crois que vous ne m'avez pas tres bien compris. Aux US, si l'on n'obtient pas sa tenure, ou si l'on interrompt sa carriere d'universitaire parce que l'on en a marre - ou autre raison, ca ne pose pas de probleme fondamental de revenir dans le prive - en tout cas dans les domaines lies a des applications plus ou moins directes. Je connais pas mal de cas. En France, quelles sont les perspectives de quelqu'un qui a 35 ans sans experience professionelle dans le prive ? Elles ne sont pas tres briantes. Il y a surement un pb d''incitation en France dans le domaine des emplois lies a la recherche, mais je trouve qu'il est deja bien difficile d'en trouver un correct; relever les salaires n'est qu'un aspect, je crois, du probleme.
Le probleme des cotisations se pose lorsque vous faites une carriere en partie a l'etranger, ce qui est le cas de plus en plus de gens il me semble - a titre personnel, effectuant une these hors europe, a 28 ans, j'ai toujours rien cotise. Sinon, c'est bien la premiere fois que j'entends que le systeme italien fonctionne tres bien :)
Rédigé par: david | 09 janvier 2009 à 06:00
David, je crois que Guillaume expliquait que la Bocconi fonctionne bien. C'est uniquement une fac d'éco je crois, donc elle n'existe certainement pas dans votre discipline, et il ne parlait pas du reste du système italien.
Rédigé par: Pierre | 09 janvier 2009 à 08:25
A David et Pierre.
Je parlais du marché des économistes. Désolé d'avoir été peu explicite.
Il est vrai qu'en France il n'y a pas, à ma connaissance, un marché du travail (hors académie) spécifique pour les docteurs. Mais cela ne veut pas dire qu'un docteur ne peut pas trouver du travail...
Rédigé par: Guillaume | 09 janvier 2009 à 12:26
Ah, je ne connaissais pas la Bocconi - mon domaine n'est pas l'economie, on l'aura compris :) Merci pour la precision.
@ Guillaume: attention, je ne parlais pas uniquement du travail après la thèse. Je vais essayer d'être plus clair: si je comprends bien la conclusion d'E. Wasmer, il y est propose de suivre un processus base sur des contrats post-thèse longs, mais non définitifs - on remplace des postes de MdC sous payés par des contrats fixes mieux remunérés. L'idée est basée sur le fait que l'obtention de poste de MdC est souvent opaque a cause de leur rareté et de la prise de risque qu'un tel poste constitue car définitif - une distortion de marche en quelque sorte. Mais cela implique donc de dire qu'à l'issue de cette période d'essai de N années, certains n'auront pas le poste convoité. Quelle est alors la situation d'un chercheur qui n'a pas de 'tenure' a l'issue de cette période ? Pensez-vous que le marche du travail en France est propice a cette reconversion ?
Autrement dit, je pense qu'il est illusoire de vouloir régler le problème de recrutement des postes académiques en France sans vouloir s'attaquer en même temps aux débouchés pour les autres. Ces débouchés me semblent beaucoup plus valorisées aux US et ailleurs qu'en France.
Mais peut être que notre hote a des précisions à nous apporter - finalement, un économiste du travail devrait avoir des idées nettement plus précises qu'un simple acteur du marché de la recherche académique :)
Rédigé par: david | 10 janvier 2009 à 17:23
Vous n'auriez pas confondu docteur (qui a eu son doctorat) et doctorant (qui cherche à obtenir un doctorat)?
Rédigé par: jean | 20 février 2009 à 19:09